Vous étiez venu chercher une idée de couleur pour l’accueil. Une demi-heure plus tard, vous avez enregistré une banquette, trois suspensions, le comptoir d’une boutique et une chambre dans laquelle vous passeriez volontiers le week-end. Votre dossier d’inspirations s’agrandit. À ce stade, il faudrait trois établissements pour tout caser.

Il y a quelque chose de réjouissant dans ce moment. Le projet commence à prendre forme, les envies se précisent, une association que vous n’auriez jamais imaginée devient soudain évidente. On se surprend même à aimer une couleur que l’on jurait de ne jamais utiliser.

Les tendances déco ont ce mérite, elles nous font regarder ailleurs. Elles donnent des idées, bousculent quelques habitudes, autorisent parfois une audace qui attendait son heure. Je n’ai aucune envie de m’en priver. Je préfère jouer avec elles plutôt que de leur obéir.

Car, entre toutes ces images, il reste à trouver votre lieu. Celui dans lequel vos clients vont entrer, vos équipes travailler et votre histoire prendre forme. Et lui ne va pas faire peau neuve à chaque nouvelle palette publiée dans un magazine.

Et c’est souvent là que tout se joue, dans un établissement, une inspiration ne doit pas seulement être séduisante, elle doit fonctionner. L’accueil, la circulation, la lumière réelle, le confort, le bruit, l’entretien, le quotidien des équipes tout cela transforme une “belle idée” en expérience concrète, ou la fait tomber à plat.

Ce qui vous plaît sur la photo n’est pas toujours ce que vous croyez

Revenons à cette chambre que vous avez enregistrée.

Le fauteuil vous plaît, bien sûr. Mais regardez ce qui l’entoure, l’espace laissé libre, la douceur de la lumière, la proximité de la fenêtre. Tout participe à cette impression de calme. Vous n’avez pas seulement repéré un meuble ; vous vous êtes projeté dans un moment.

Un fauteuil est installé près de la fenêtre. La lumière glisse sur son tissu, le rideau filtre un peu le soleil et une petite table attend un livre ou une tasse. Vous vous voyez déjà vous y asseoir. Pour une fois, le téléphone pourrait rester dans le sac.

Commande passée, le même fauteuil arrive dans votre établissement. Sauf qu’ici, la lumière est froide et qu’il faut le pousser contre une porte pour dégager le passage. Le modèle est identique. Le charme, lui, est resté sur la photo.

C’est ce que je cherche à comprendre lorsque nous regardons vos inspirations :

  • La couleur elle-même ?
  • Son association avec le bois ?
  • Le côté enveloppant du coin salon ?
  • L’impression qu’on peut y parler tranquillement, sans être au milieu de tout le monde ?

La réponse change la manière de travailler. Si vous recherchez cette sensation de refuge, acheter le fauteuil ne suffira pas. Il faudra lui trouver une place, réfléchir à ce que l’on voit une fois assis, à ce que l’on entend, à la lumière et aux déplacements autour. Peut-on encore passer avec une valise quand un client s’y installe ? La scène commence à exister lorsqu’elle trouve sa place dans la vie du lieu.

Vos images deviennent alors précieuses. Elles nous aident à mettre des mots sur une envie, puis à imaginer comment la faire vivre dans votre établissement, avec ses volumes, ses contraintes et ses possibilités.

L’histoire commence avant le choix de la couleur

Une fois les images réunies, une autre question arrive :

Qu’est-ce qui les relie à vous ? Vous pouvez aimer le calme d’un hôtel, l’exubérance d’une boutique et la convivialité d’un café. Tout cela peut nourrir un projet. Tout cela ne demande pas forcément à occuper la même pièce.

Au moment de concevoir votre lieu, une tendance peut inspirer une couleur, un motif ou une association de matières. Je préfère la mêler à d’autres influences, tout en gardant à l’esprit l’histoire que l’on a décidé de raconter dans votre établissement.

Cette histoire n’a pas besoin de prendre la forme d’un décor à thème. Elle peut partir de votre manière d’accueillir, de votre rapport à un savoir-faire, de votre goût pour les rencontres ou de l’expérience que vous voulez proposer. Elle donne une direction aux choix, jusque dans les détails.

Imaginez une épicerie fine qui souhaite faire découvrir les producteurs avec lesquels elle travaille. Il y a les produits, naturellement, mais aussi la possibilité de s’en approcher, de poser une question, de goûter. Un comptoir autour duquel on peut échanger, un éclairage qui révèle les textures, une place donnée aux découvertes du moment : l’aménagement accompagne cette curiosité. Il faut que le client ose demander ce qu’est ce drôle de petit pot, pas qu’il ait peur de déranger la composition.

Dans des bureaux, l’intention sera différente. Une entreprise peut souhaiter un accueil vivant, où les clients se sentent à l’aise et où les collaborateurs ont plaisir à se retrouver. Cela invite à réfléchir à la distance entre les personnes, aux assises, à la place des échanges informels. Une belle couleur peut soutenir cette intention ; elle ne résoudra pas, à elle seule, un accueil où personne ne sait où attendre.

La direction artistique sert à tenir ce cap. Elle relie l’identité de votre marque à une expérience concrète. Elle permet de choisir ce que l’on retient, ce que l’on transforme et ce que l’on laisse de côté, même lorsque c’est très beau.

Une inspiration peut vous plaire sans trouver sa place dans ce projet. Ce n’est pas grave. Votre dossier a le droit de garder quelques envies pour plus tard, on ne jette rien, on range juste dans le bon tiroir.

Mélanger les tendances déco sans perdre le fil

Un comptoir patiné, une teinte actuelle, une suspension aux lignes plus contemporaines : ces éléments peuvent très bien s’entendre. La difficulté apparaît quand chacun essaie de tenir le premier rôle. Le motif veut attirer l’œil, le luminaire aussi, le sol entre dans la conversation.

On ne sait plus très bien qui écouter et personne n’a envie d’un comité d’accueil où tout le monde parle en même temps.

Mélanger demande de regarder les relations entre les éléments. Une forme arrondie peut adoucir un ensemble très rectiligne, un tissu plus sobre laisser respirer un motif qui a déjà beaucoup de présence. Le choix se joue autant dans les associations que dans chaque pièce prise séparément.

Supposons que vous conserviez un beau comptoir en bois dans votre commerce. Une couleur aperçue dans une revue vous donne envie de réveiller l’ensemble. Avant de l’adopter, regardons-la à côté du bois, avec le sol, à la lumière réelle. Peut-être fera-t-elle ressortir ce que vous aimez dans le comptoir. Peut-être lui donnera-t-elle une tonalité qui ne vous plaît plus du tout. L’échantillon a parfois une conversation assez franche avec ce qui existe déjà.

Dans un restaurant, un motif peut devenir un élément fort de l’identité. Encore faut-il regarder ce qu’il produit depuis l’entrée, une fois assis, au milieu des tables occupées. Sur une petite image, tout semble tenir ensemble. Dans une salle, les surfaces prennent de l’ampleur, les perspectives changent et le lieu doit aussi laisser de la place à ceux qui le vivent.

Utiliser les tendances déco par touches ne veut donc pas dire renoncer à un choix affirmé. Une couleur peut prendre de la place si elle sert l’histoire. Il n’existe pas de dose universelle de caractère à ne pas dépasser. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir pourquoi cette couleur est là, avec quoi elle dialogue et ce qu’elle apporte à l’ensemble.

Le mélange garde ainsi une direction. Votre établissement peut être expressif, un peu décalé, plein de surprises, tout en restant lisible. On y sent une intention, même sans pouvoir nommer les styles qui ont nourri le projet.

Des choix qui restent justes quand les magazines changent

Quelques années plus tard…

Le comptoir est toujours là. La banquette aussi. Ils ont accueilli des clients, traversé des services, connu les sacs posés un peu vite et les nettoyages répétés. Leur vie ne ressemble pas beaucoup à celle d’une image enregistrée sur un téléphone.

Un sol, un comptoir ou une banquette doivent avoir de bonnes raisons d’être là, leur caractère, leur confort, leur résistance, leur cohérence avec votre marque. Des raisons qui tiendront encore quand les pages des magazines auront changé.

C’est pour cela que les matériaux se regardent aussi à travers l’usage. Un tissu séduisant mérite qu’on s’intéresse à son entretien. Une assise doit être essayée. Un sol se choisit en tenant compte de ce qu’il va subir. Ces questions font partie du projet, au même titre que l’émotion recherchée. Personne n’a très envie de conserver longtemps une chaise superbe dont on se relève avec soulagement.

Et non, concevoir pour durer ne signifie pas choisir du beige partout en croisant les doigts pour qu’il ne se démode jamais. Une teinte franche, un motif ou une pièce singulière peuvent rester justes parce qu’ils appartiennent à l’identité du lieu.

Votre établissement pourra évoluer. Votre activité, vos clients ou votre façon de travailler feront peut-être naître d’autres besoins. L’usure appellera aussi, un jour, certaines interventions. Mais ce n’est pas parce que de nouvelles tendances déco apparaissent que tout ce que vous aviez choisi jusque-là est maintenant « out ». Un revêtement qui fonctionne, qui vous plaît et qui sert toujours le lieu n’a rien à se reprocher.

Avant de refermer votre dossier d’inspirations, revenez à cette première image.

Qu’avez-vous envie d’en garder, au fond ?

Un fauteuil précis, une association inattendue, la sensation de pouvoir enfin ralentir ? C’est à partir de cette réponse que nous pourrons imaginer quelque chose qui vous appartient.

Vous avez des envies plein la tête et cherchez comment les faire tenir dans une même histoire ?

C’est ce travail que je vous propose en direction artistique dans le nord de la France, notamment à Cambrai et à Douai, donner forme à votre identité, avec un lieu que l’on reconnaît, dans lequel on se sent bien et où l’on a envie de revenir.